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Petite histoire de l'hébreu

Il semble intéressant de retracer quelques éléments historiques autour de la langue hébraïque. Les études archéologiques semblent montrer que l'alphabet le pus ancien date du XVIIIe siècle avant notre ère. Les constats évoqués s'appuient principalement sur un « Petit précis de l'histoire de l'alphabet hébreu » proposé par Frank Lalou. Il s'appuie sur quatre paliers pour évoquer l'évolution de l'alphabet hébreu :

Protosinaïtique et protocananéen :

Il semble évident que les inventeurs du premier système alphabétique furent influencés par l'art des scribes égyptiens car, depuis des siècles, des expéditions égyptiennes parcouraient le Sinaï pour exploiter des gisements de turquoise. Un ensemble d'une trentaine de signes trouvé dans ce secteur du désert constitue ce qui est appelé l'alphabet protosinaïtique. Il serait apparu vers 1800 av. J.-C. sous la XIIe dynastie d'Egypte et aurait été utilisé jusqu'à 1500 av. J.-C. Cet alphabet apporte deux innovations majeures dans l'histoire de l'écriture :

  • Seules les consonnes sont utilisées pour transcrire le texte ce qui permet de limiter le nombre de signes de l'alphabet (une trentaine de signes alors que l'écriture égyptienne nécessitait au moins 700 glyphes) ; cette diminution facilite l'apprentissage de la lecture.
  • L'alphabet s'appuie sur une acrophonie comme procédé mnémotechnique pour nommer les lettres de l'alphabet. 

L'alphabet protocananéen est un héritage direct de l'alphabet protosinaïtique, il aurait été utilisé dans des documents datant de 1500 à 1200 ans av. J.-C.. Si l'alphabet protosinaïtique possédait une trentaine de signes, l'alphabet protocananéen a vu son nombre de symboles diminuer pour atteindre 22 lettres aux derniers siècles de son usage.

Paléo-hébreu et phénicien :

Les phéniciens se seraient appuyés sur l'alphabet protocananéen et ils les aurait codifiés en simplifiant les formes et en supprimant certains traits. Ils ont également orienté l'écriture, de droite à gauche, sens encore en vigueur aujourd'hui dans toute langue sémitique. Ils ont également fait pivoter certaines lettres pour les rendre verticales. Ces évolutions ont conduit à la proposition d'un nouvel alphabet qui ont permis l'obtention de textes de plus en plus condensés ce qui permet de gagner considérablement de place sur les supports.

Il est toutefois à noter qu'il est difficile e déterminer avec une certitude absolue qui inventa cet alphabet, les Phéniciens, les Hébreux ou tout autre peuple. En effet, de nombreuses populations se côtoyaient dans une région qui n'était pas si étendue et ceci induisait nécessairement de nombreux échanges. Cette émulation entre les populations a induit une évolution mutuelle de leur langue respective.

Hébreu carré :

Le début du VIe siècle av. J.-C. a vu la victoire de Nabuchodonosor sur la Judée ce qui a conduit à la destruction du Temple et à la déportation des juifs à Babylone. A la suite de la victoire du roi perse Cyrius le Grand, de nombreux juifs ont souhaité rester à Babylone même s'ils avaient obtenu la permission de revenir en Judée pour reconstruire le Temple. Durant cette période, les scribes abandonnent l'ancienne écriture au profit de la graphie officielle, l'araméen. De retour d'exil, l'hébreu s'est peu à peu séparé de l'alphabet araméen pour acquérir sa propre morphologie. Il faut attendre le IIIe siècle av. J.-C. pour que l'alphabet hébreu prenne une forme qui est encore en usage aujourd'hui. Les manuscrits de la mer Morte, également appelés manuscrits de Qumran, comportent des documents copiés entre le IIIe siècle av. J.-C. et le Ier siècle ap. J.-C.

Manuscrit de Qumran

Hébreu médiéval et moderne :

La religion juive propose des traités dans le Talmud pour décrire de manière précise la calligraphie de chacune des lettre de l'alphabet. Ces traités sont utilisés pour par des scribes professionnels pour calligraphier le plus esthétiquement et le plus régulièrement possible le Sépher Torah qui  doit être présent dans toutes les synagogues.

Cette rigueur a permis à l'écriture hébraïque de traverser les pays et les siècles. En effet, même s'il est possible d'identifier quelques différences minimes, l'hébreu reste lisible que le manuscrit soit écrit au moyen âge ou aujourd'hui ou qu'il soit écrit en Pologne, au Maroc ou dans toute autre région du monde.

Il est à noter que l'alphabet hébraïque ne comporte pas de voyelles, cela ne  posait pas de problème tant que chacun connaissait parfaitement la langue. Cependant, au fil du temps, de nombreux Juifs n'ont pas conservé une connaissance approfondie de l'hébreu. Certains sont restés à Babylone après l'exil. D'autres ont été hellénisés, c'est-à-dire élevés dans la langue et la culture grecques. D'autres encore sont restés en Palestine, mais même là, l'hébreu n'était pas toujours parlé, l'araméen a fini par devenir la langue la plus parlée. Si des règles précisent existaient déjà pour la calligraphie des lettres, il n'en était rien pour la prononciation. Les Massorètes ont effectué des travaux qui ont duré de 500 à 900 ap. J.-C., pour ajouter des voyelles afin de préserver la prononciation (et, dans certains cas, le sens). Les massorètes ne voulaient pas ajouter quoi que ce soit au texte lui-même. Ils ajoutaient donc les voyelles sous forme de « points » afin que le lecteur puisse facilement faire la différence entre les consonnes du texte original et les points qui avaient été ajoutés. En raison de la réputation d'exactitude des Massorètes, le texte massorétique a pris de l'importance et a été généralement accepté par les lecteurs juifs comme étant le plus exact.

Après l'expulsion des Hébreux de l'empire romain, en 70 ap. J.-C. et leur dispersion dans le monde entier pendant des siècles, l'hébreu fut considéré comme une langue morte. A la fin du XIXe siècle, grâce à ELiezer Ben Yehuda, un juif russe, l'hébreu est redevenue une langue vivante par l'actualisation de certains mots pour l'adapter aux évolutions technologiques et socio-écologiques. Tous les mots qui ont été inventés trouvent leur origine dans les racines de la Bible .

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